Forum : "Comment je suis devenu cinéaste forain..."

Publié le par ARBRE

Emmanuel Audrain réagit à l'article de l'Acid sur l'accompagnement des films:

 

 

"J'ai toujours aimé "accompagner" les Projections de mes films. Ecouter le

public, échanger avec lui. Comme le faisaient mes collègues René Vautier,

Félix Le Garrec. Comme le font encore Denis Gheerbrant, Laurent Bécue-Renard

et bien d'autres...

Années 2000, le statut d'Intermittent se durcit, je sens que pour continuer

cet accompagnement, il va falloir absolument le rémunérer.

A chaque projection, je demande que soient regroupés, frais de déplacement,

location du film ( que me cède le producteur ) et mon intervention, pour en

faire "un cachet" réalisateur.

Dans le cadre du Mois du Doc, par exemple, 6 projections permettent de faire

4 cachets.

 

En 2004, après le passage à la télévision de "Alerte sur la ressource", je

n'arrive pas à me lancer dans un autre projet, sans avoir fait vivre ce film

pour lequel je viens de travailler six années ( ! ). Avec ma femme, nous

décidons de créer une structure "Le Goût du Large" et d'investir dans du bon

matériel de Projection. Grand écran, TB vidéo projecteur, TB enceintes,

micro HF.

Nous lançons un cycle de 30 projections dans les ports et les Iles de

Bretagne. Affiche, Dossier de presse, photos libres de droit. L'équilibre

économique de l'opération est précaire, mais c'est une véritable aventure

humaine. Réalisateur, je suis devenu "conteur". J'accueille le public, je

"me donne" et m'engage pour que le débat prenne vie. J'explique mon métier

de réalisateur ( "Comme un journaliste qui travaillerait lentement et qui

établirait un contrat moral avec ceux qu'il associe à son projet." ) Le

public ne s'y trompe pas, il sent qu'il vit quelque chose d'inhabituel.

"Alerte sur la ressource", "Les enfants de l'Erika", "Attention

Hypothermie", "Le testament de Tibhirine". Pour ce dernier, la vente du DVD

que nous avons édité ( le film avec des bonus de qualité ) aide à payer le

cachet.

 

Aujourd'hui, l'accompagnement de ces Projections représente le quart de mon

activité. Je suis devenu "documentariste forain".

Merci aux cinéma associatifs ( un réseau magnifique en Bretagne ). Merci au

public. A Audierne, Groix, Quimperlé, Camaret... Je sais pouvoir compter sur

un public fidèle.

Bilan: le cinéma documentaire est un bel outil d'échange et de rencontre. Un

élément de la vie démocratique."


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